INTERVIEW DE DIRIGEANT – CHRISTOPHE FARGIER

1. Votre histoire, votre entreprise

Je vous propose de vous présenter, de nous parler de votre parcours et de votre entreprise.

Je m’appelle Christophe FARGIER, je suis le dirigeant fondateur du Ninkasi.

Ninkasi est une entreprise qui existe depuis 1997. C’est avant tout un projet industriel, car nous sommes un fabricant de bière et depuis peu de spiritueux. Pour écouler cette production, nous avons créé un réseau d’établissements qui s’est développé dans un premier temps en propre, puis depuis plus récemment, en réseau de franchises.

Aujourd’hui, nous avons 19 établissements, principalement en région Auvergne-Rhône-Alpes, mais nous avons l’ambition de devenir une belle marque de bière nationale, avec un réseau qui s’étendra sur toute la France. En parallèle, nous avons une distribution externe qui se fait en grande distribution, dans des réseaux de cavistes ainsi qu’en e-commerce.

Nous travaillons également beaucoup dans l’univers de l’évènementiel. Nous sommes partenaires de festivals principalement en région Rhône-Alpes, mais nous sommes en train d’élargir ces partenariats hors région.

Concernant mon parcours propre, j’ai pu apprendre le métier de brasseur aux Etats-Unis, dans la ville de Chicago. J’y ai passé plus de 2 ans et demi, avant de revenir en France avec un ami américain pour monter le projet Ninkasi. Le concept a donc une petite influence américaine, notamment sur les burgers gourmets proposés dans nos restaurants depuis 1997.

L’Entreprise DU FUTUR a pour but de créer de la « confiance » entre dirigeants. Pour vous, qu’est-ce que signifie cette notion au sein de votre entreprise ? 

Depuis le début de l’aventure Ninkasi, nous avons vraiment construit un projet en intégrant toutes les parties prenantes. Nous avons toujours fonctionné en mode partenarial avec nos fournisseurs, pour construire notre propre écosystème.

Aujourd’hui, nous organisons 1500 événements par an.

L’équipe Ninkasi Musique, c’est 6 personnes. Une scène de musiques actuelles en France (SMAC), ce sont souvent des équipes de 30 personnes qui organisent une centaine d’évènements par an.

Si aujourd’hui, nous avons la capacité de développer autant de projets, c’est parce que notre équipe travaille avec énormément de structures du tissu culturel lyonnais, qui nous permettent d’être très agiles et très puissants dans la mise en œuvre de nos différents projets.

L’entreprise DU FUTUR est un écosystème auquel nous participons qui nous ouvre sur un univers extérieur au nôtre. Notre écosystème à nous, c’est le monde agricole, la gastronomie, l’univers de la bière et des spiritueux et le monde de la musique.

Il faut savoir s’ouvrir à d’autres univers, pour continuer à s’enrichir. Je crois beaucoup à la théorie des rencontres.

Finalement, entreprendre c’est construire et raconter de belles histoires, et pour le faire, il faut faire de belles rencontres.

La confiance est une valeur centrale chez Ninkasi. Pour construire de la coopération avec les personnes extérieures à l’entreprise, il faut savoir construire la confiance et la coopération. Toutefois, ce ne sont pas des choses qui sont naturelles et innées, mais bien des choses qui se construisent pas à pas. Il faut donc savoir y mettre de l’énergie.

Quelle vision avez-vous de l’entreprise de demain ? 

Je pense que les PME et les ETI de demain vont devoir beaucoup plus prendre en compte leurs externalités dans leurs stratégies.

Aujourd’hui, on ne peut plus développer un projet sans se soucier de l’impact que l’on aura sur son écosystème et sur son environnement. Il faut considérer les impacts sociétaux et la responsabilité sociale que l’on a vis-à-vis de ses collaborateurs.

Je pense que les entreprises de demain vont devoir être plus transparentes. Il faudra savoir mettre en lumière ses externalités, montrer les actions d’améliorations à faire et apporter des preuves très concrètes que leur modèle est vertueux.

Chez Ninkasi, nous réfléchissons à être beaucoup plus clairs sur les engagements pris et à la transparence que nous mettons dans le fonctionnement de notre entreprise.

Nous réfléchissons sur comment devenir une entreprise à mission, en intégrant dans la gouvernance de l’entreprise toutes les parties prenantes, les salariés et tous les gens qui font partie de notre écosystème.

Finalement, l’entreprise peut devenir un bien commun, qui doit se réinventer dans ses façons de fonctionner.

En tant que chef d’entreprise, quel(s) conseil(s) pourriez-vous transmettre à vos pairs entrepreneurs pour surmonter cette crise sanitaire ?

Chez Ninkasi, nous sommes très impactés par la crise, car notre activité musicale est à l’arrêt complet, nos restaurants tournent à 10 % et notre fabrique de bières fonctionne à 50 %. C’est un impact fort.

Nous apportons un soin très particulier à maintenir un lien fort avec nos équipes. Nous souhaitons leur donner beaucoup d’informations sur ce que l’entreprise fait, pour les rassurer sur la pérennité de leurs emplois. L’objectif est de leur montrer que l’entreprise garde un cap et des perspectives.

Cette période nous a finalement permis d’accélérer certaines transformations. Nous avons eu de belles victoires et de belles réalisations, sur lesquelles nous avons vraiment beaucoup communiqué.

Je pense que les salariés de l’entreprise sont un peu perdus, car ils ont beaucoup d’informations négatives qui leur sont communiquées en permanence.

Mais c’est justement là où l’entreprise doit savoir se démarquer. Elle doit devenir un espace qui protège et qui rassure. Elle doit permettre à la créativité et à l’audace de s’exprimer.

Dans cet environnement perturbé, l’entreprise doit être un environnement protecteur, plutôt qu’un lieu qui exacerbe la compétition.

Chez Ninkasi, nous avons maintenu un très bon niveau de cohésion.

Nous avons organisé des événements uniquement pour nos salariés : des quiz et un bingo par exemple, pour leur permettre de se retrouver. Nous avons également produit énormément de vidéos, pour leur montrer ce qu’il se passait. Cela leur a permis de maintenir un lien fort et d’être rassuré.

Avant la crise sanitaire, nos salariés étaient payés le 2 ou le 3 de chaque mois. Au moment de la crise, nous avons commencé à les payer le dernier jour du mois.

Nous avons amélioré le versement des salaires de quelques jours, alors que nous étions au cœur d’une énorme crise de trésorerie. L’idée était de leur faire comprendre que la situation était sous contrôle, pour ne pas céder à la panique. Malgré la violence du choc, nous avons pris de bonnes décisions, car nous avons su être dans l’anticipation.

Pour tous les collaborateurs qui étaient en période d’essai, nous leur avons confirmé ces périodes d’essai. Nous avons voulu leur envoyer des signaux pour leur montrer que l’on y croyait.

2. Votre engagement aux côtés de l’Entreprise DU FUTUR

Qu’attendez-vous de l’Entreprise DU FUTUR en tant que membre du Programme Présidents ? 

Ce qui m’intéresse chez Entreprise DU FUTUR, c’est d’avoir des inputs sur les grandes tendances de transformation qui nous traversent, notamment sur des sujets de digitalisation.

Pour moi, c’est une sorte de veille sur toutes les tendances. Cette adhésion nous permet aussi de pouvoir anticiper ce qu’il va pouvoir arriver demain. Tout ce qui touche à la prospective fait vraiment partie des sujets qui m’intéressent.

Ce qui inspirant, c’est partager des expériences sur la conduite du changement et la transformation des entreprises.

Je pense que chaque entreprise est particulière et qu’elle a sa propre culture. Mais il y a dans tous les témoignages et expériences d’autres chefs d’entreprise, des éléments génériques qui peuvent être utiles et inspirants, par rapport à ce que vit le Ninkasi par exemple.

Dans le cadre de votre adhésion, prévoyez-vous d’être présent à la prochaine édition du Congrès annuel de l’Entreprise DU FUTUR, prévue le 1er juillet 2021 ?

Oui, bien sûr, j’ai bien l’intention d’être présent.